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Anecdotes de Pentecôte des annèes 60 par Victor Delacroix, tambour.

Pleurs d’un jeune tambour.
A ma première Pentecôte, en 1964, je n’ai pas encore dix ans. C’est mon professeur de tambour, Monsieur Fernand Fiévet de Biesmerée, qui m’a emmené avec lui à Fromiée.
Le mardi de Pentecôte, en soirée, la compagnie fait une décharge chez un officier à la rue Principale et les marcheurs s’y restaurent. Au premier commandement de rassemblement de l’adjudant, je sors de la maison et constate que Fernand, mon professeur, n’est plus là. Affolé, mais discret, je regarde autour de moi …, à gauche, à droite ; je presse le pas pour regarder un peu plus loin dans la rue …, pas de trace de Fernand ! Pris de panique, je pense, en l’étant persuadé, que Fernand est retourné sans moi. Me voyant les larmes aux yeux, plusieurs officiers ainsi que les autres grands tambours me consolent en se regardant, haussant les épaules et avec un petit sourire aux coins des lèvres.
Quand les tambours se remettent en route, Fernand réintègre les rangs de la batterie, je suis « sauvé », je ne suis plus tout seul … Je ne l’ai plus quitté le reste de la soirée.


Déception d’un jeune apprenti tambour.
A ma deuxième Pentecôte, j’ai mon nouveau tambour avec un bel écusson, c’est un « Mahillon ». J’ai un grand tambour, comme les hommes. Mon professeur et mon père m’ont bien recommandé de ne le prêter à personne car certains grands voudraient sûrement « l’essayer ». C’est bien clair dans mon esprit et dans ma tête, « mon tambour est à moi et personne ne l’aura ».
Cette année là, il pleut à la Pentecôte, les marcheurs sont trempés, les tambours aussi. Au cours de la journée, je ne tends pas trop les tirants de mon tambour afin « d’épargner » les peaux, car « foi de tambourî, à la rentrée, c’est mon tambour qui sonnera le mieux ». En effet, en arrivant au Sartia, les tambours des grands sont « à plat », comme on dit chez nous, ils sont « djûs ». Avant de démarrer pour la rentrée, mon tambour sonne fort bien à côté de celui des grands, j’en suis fier et ravi. Et voilà qu’à cet instant, les grands décident que les petits ne doubleraient pas les marches pour la rentrée.
En entendant la résonance de mon tambour, mon professeur se penche vers moi et me demande de le lui prêter car le sien ne va plus du tout. Il insiste plusieurs fois mais rien n’y fait, ‘mon tambour est à moi, il va bien et je le garde ».
Le lendemain de la Marche, après que mon professeur ait expliqué la situation à mon père, celui-ci me félicite de n’avoir prêté mon tambour à personne et me dit que pour Fernand, c’est différent : à lui, je peux lui prêter quand il me le demande, c’est même tout à fait normal.
« Ils n’avaient qu’à me le dire avant ! » … j’avais 11 ans.


Quand on est jeune, on n’est jamais fatigué !
A mes débuts à Fromiée, vers 1965, le temps de l’après dîner était ennuyant pour les gamins. Après un bon repas, les grands papotent en se racontant des histoires anciennes, qui n’intéressent pas beaucoup ou pas du tout les gamins d’une dizaine d’années.
C’est ainsi qu’un jour, en attendant l’heure du rassemblement de l’après-midi, trois jeunes gamins se retrouvent sur la place de l’église pour « jouer au marcheur » : Daniel et Jean-Pierre Joris, petits officiers et un jeune tambour, Victor Delacroix. « Tambour en avant marche ! » Et voilà que les trois garnements, refont une Pentecôte à eux seuls, pendant le temps de midi, tournant sur la place, prenant le pas ordinaire comme les grands. Mais tout çà, … sans la petite goutte, bien entendu !
Ah, les jeunes, ils n’en ont jamais assez !


La « double » Rentrée à Gerpinnes.
En 1967 ou 1968, la compagnie de Fromiée vient d’entrer dans la plaine du Sartia à Gerpinnes. Sitôt les tambours arrêtés, un officier, responsable de la Jeune Compagnie de Biesme vient demander du renfort pour leur batterie car il manque d’effectifs pour la rentrée. C’est ainsi que trois jeunes tambourîs de la batterie de Fromiée (Edmond Denis, Oscar Blaimont et Victor Delacroix) sont envoyés pour renforcer la batterie de Biesme.
A la fin de la première rentrée, à peine passés devant l’église de Gerpinnes, nous quittons les rangs de la Jeune Compagnie et tambour au dos, passant par les ruelles ou autres raccourcis, nous courrons pour remonter vers le Sartia. La compagnie de Fromiée vient à peine de démarrer. Nous intégrons les rangs et faisons ainsi notre deuxième rentrée.
Conclusion : quand on est jeune, on n’est jamais fatigué !


Le souper aux chandelles.
Fin des années 60, un mardi de Pentecôte, le docteur Wauthy, tambour major, fait sa réception en la salle de Fromiée, derrière l’église. Mais cette année là, il n’y a pas d’électricité dans le bâtiment. La réception aura donc lieu avec des bougies sur les tables, ce qui donne une ambiance chaleureuse et intime à cette petite fête et quelques uns y vont de leur petite chanson : Monsieur Noël, président de la Marche, avec le temps des cerises, le docteur Wauthy avec son « vieux fusil », Roger Blaimont avec ses chansons sur « Pèpète », et bien sûr le « Champion » Christian Lambot, avec « Il a casè s’peupe » de Bob Deschamp.
Que d’amusement en ce temps-là !
L’année suivante, l’installation électrique était en ordre à la salle, on a remis les chandelles sur les tables et éteint les lampes pour la réception. C’était plus sympa !


Une petite goutte.
Henri Namur, marcheur de la dernière guérite, a un accident au Sartia, son fusil (que l’on peut voir au musée de Gerpinnes) explose, le malheureux a le pouce arraché.
Beaucoup de marcheurs ont vu la scène dont un tambourî de Fromiée, un prénommé Max. Le lendemain, en se remémorant la scène et en revoyant la main ensanglantée de ce marcheur, Max, qui a sans doute « un petit cœur » doit boire une petite goutte pour faire passer çà. Inutile de dire que dans la batterie, on en parle avec insistance à chaque arrêt. En fin de journée, Max en « tient une bonne ».
Les lendemains auront été très durs pour Henri (sa main) mais aussi pour Max (sa tête) !